Pour qui? Pour quoi?


A peine arrivée, j'ai eu envie de rédiger et d'illustrer nos découvertes et notre nouvelle vie. Pour ceux que ça intéresse, mais aussi pour nous, des fois que nos mémoires nous jouent des tours.

mardi 29 octobre 2013

Pas gai d'être gay



Un titre facile... pour aborder un sujet qui ne m'est pas familier, mais qui m'interpelle pour plusieurs raisons.

D'abord, il y a ces questions que l'on me pose, forcément quand on voit des hommes se promenant bras dessus, bras dessous ou des femmes se donnant le bras. Mais cela n'indique en aucun cas quoi que ce soit. D'après ce que je lis, l'homosexualité se veut discrète par ici. Bien sûr, il y a des bars et des discothèques ouvertement homosexuels, particulièrement dans les villes, tolérés par les autorités, justement parce qu'ils s'efforcent de rester discrets, même si on en trouve des listes sur Internet.

Ensuite, moi aussi j'ai des questions, que je pose, dont les réponses restent très vagues, ou gênées, ou les deux.

Et puis il y a un article qui m'aide à connecter ce qui précède et à "investiguer". De quoi s'agit-il ? Une étude sur les épouses de gays vient de sortir, révélant que 80% d'entre elles souffrent de leur situation. Je ne vais pas détailler les types de souffrances qui ne doivent malheureusement pas être spécifiques à la Chine. Par contre, ce qui m'a titillée est qu'il est noté qu'une large majorité d'homosexuels ont été forcés de se marier. Beaucoup d'entre eux en Chine choisissent de se marier et avoir des enfants en raison de la stigmatisation sociale et de la pression familiale. La plupart des Chinois pensent toujours que continuer la lignée familiale est une obligation pour les hommes. Près de 10 millions de femmes chinoises seraient victimes de ces alliances malheureuses. Malgré une forte augmentation des cas de divorce en Chine, il reste difficile pour les femmes de se libérer en raison de la stigmatisation sociale. La loi chinoise ne sert pas à grand-chose dans ce cas, car il est difficile de prouver qu'un conjoint entretient des relations homosexuelles.


L'homosexualité semble avoir fait surface sous les Ming (1368-1644) et Qing (1644-1911). Le premier roman homosexuel a été publié en Chine, Pinhua Baojian (Le précieux miroir pour l'évaluation des fleurs) sous cette dynastie.  L'homosexualité féminine est pour la première fois, reconnue publiquement.

Après des mesures anti-prostitution pour interdire d'embaucher des femmes musiciennes, les chanteurs d'opéra hommes ont commencé à chanter des rôles féminins.
Adieu ma concubine, de Chen Kaige
Plus récemment, les homosexuels ont subi une répression sans précédent. Alors que leur situation n'était pas si mauvaise depuis la fondation de la République populaire de Chine en 1949, pendant la Révolution culturelle, cette sexualité est considéré comme une pratique bourgeoise importée d'un Occident décadent. Les camarades (同志)et les lalas (拉拉) - surnoms donnés respectivement aux gays et aux lesbiennes - vivent donc leur sexualité dans l'ombre. Humiliations publiques et lapidations sont le lot commun des malheureux qui se font repérer, la plupart finissant alors leurs jours dans les camps de travail. Avec l'ouverture économique, les mentalités changent et les homosexuels commencent à se faire une place dans la société, bien que l'amour entre deux personnes du même sexe reste puni par la loi.

Une scène de Women in Love de Li Yu (phots and quote: globalpost.com)
Les années 90 marquent aussi l'apparition des MB, abréviation pour Money Boy, prostitués masculins. En 2001, la Chine retire l'homosexualité de la liste des maladies mentales. Aujourd'hui, le temps des chasses à l'homme et des lapidations publiques paraît bien loin. Mais il reste des progrès à faire pour que les homosexuels soient vraiment reconnus dans la société chinoise. Car pour la plupart d'entre eux, il est encore délicat de s'afficher ouvertement. Actuellement, il existe plus de 30 millions d'homosexuels en Chine, soit environ 2 à 3 personnes sur 100. 

Ainsi je pourrai répondre plus précisément aux éventuelles questions.

lundi 28 octobre 2013

Le hukou du migrant


Parce que je tombe sur un article du Global Times sur cette particularité chinoise, j'ai envie de parler des hukou, le système d'état civil et d'enregistrement des familles mis en place aux débuts de l'Empire qui existe toujours de nos jours en Chine continentale, à Taïwan, en Corée du Nord, au Japon et au Viêt Nam.

Les travailleurs du bâtiment sont souvent des migrants
(ici la réfection de la Perle de l'Orient)
" En Chine, la gestion et la délivrance de hukou relèvent des Bureaux de la sécurité publique (commissariats) dépendant du Ministère de la sécurité publique. C'est également le nom de la carte de résident que reçoivent les personnes qui ne sont pas encore domiciliées dans une ville. La domiciliation du hukou conditionne l'accès et la tarification des écoles et autres services. Si la modification de ce domicile est aisée pour les diplômés et propriétaires de logement, le changement de ville est beaucoup plus compliqué pour les citadins non diplômés, voir impossible pour les paysans venus en ville. Le hukou est un moyen pour les villes de réguler l'exode rural. À l'inverse aujourd'hui de plus en plus d'enfants nés et ayant grandi en ville partent travailler à la campagne et sont donc obligés de demander également un hukou." (Wikipedia)

Au-dessus des boutiques de luxe, un logement
de migrants (qui s'est déplacé au fil
de l'avancement des travaux)
Ce que nous raconte Wikipedia est juste, mais l'article de Global Times apporte une lumière différente sur les faits purs et durs. Il semble que recevoir le sésame convoité est difficile à tous les niveaux, à moins que l'on ne lance son propre commerce, que l'on paie des impôts de plus de 3 millions de yuans (sur 3 ans), d'épouser une personne du lieu ou de postuler pour un poste dans l'administration (et de l'obtenir). Et puis, sans hukou, pas de regroupement familial, pas de sécurité sociale, rien.

Sur les toits au bas de chez nous

Même les étudiants ayant en poche leur master n'y ont pas accès d'office. 229 000 étudiants termineront leurs études à Beijing cette année (dont 145 000 d'autres provinces), et il n' y a que 10 000 hukou à leur disposition. Des agences proposent leurs services à prix d'or (entre 100 000 et 400 000 yuans, on voit bien que de telles offres ne sont pas destinées aux travailleurs du bâtiment ou de la conciergerie), certaines sérieuses, d'autres moins. 


La troisième session plénière du 18e Comité Central du Parti Communiste Chinois va s'attaquer à ce dossier en novembre. Avec le système actuel, le commerce illégal ne peut que fleurir. "Si l'économie de marché continue à se développer, la population devrait pouvoir se déplacer librement", commente un spécialiste.

Revenus par personnes dans les campagnes (bleu) et en ville (rouge).
Pas étonnant que les villes de l'est soient tentantes.
Cette année, à Shanghai il y a 11 millions de migrants.

J'ai déjà parlé souvent de la migration en Chine. Séance de rattrapage.



La pause de midi.

samedi 26 octobre 2013

Mode du désert



Je n'avais jamais vu de désert DE MA VIE. La couleur du sable, les dunes, la douceur de leurs courbes arrondies et éphémères, le vent, le sable dans les cheveux, les yeux, les chaussures, le sable qui colle sur la peau, s'infiltre dans la moindre petite fente. Ici, inutile de songer sauter dans la mer pour s'en débarrasser, il faut se protéger avant d’attaquer le désert.

Par exemple, couvrir ses chaussures de "bottes"

... que l'on rend avant de s'en retourner

Nous avons tous et toutes une image du désert, nourrie de films, de livres, d'histoires, Lawrence d'Arabie, Un Thé au Sahara, ... Même dans un endroit touristique, on attaque le désert à sa manière. Voyons ce que cela donne.

J'ai confondu Gobi avec Himalaya
Style cowboy


Sortie de douche
Élégance



Colon (avec casse-croûte)
Militaire aux pieds nus


Top modèle, version masculine

Top modèle, version féminine
Priscilla, folle du désert




Version effrayante (mais sympathique)
Incognito





 Je les ai regardés, amusée, eux et des tas d'autres. Mais j'ai aussi vu qu'on me photographiait. Je me demande quel style on m'a attribué...

vendredi 25 octobre 2013

Dunhuang


"À l'origine poste de contrôle de la route de la soie, elle est située à l'est du désert du Taklamakan, près de la jonction des deux pistes caravanières qui contournaient ce désert, l'une par le nord, l'autre par le sud, en provenance d'Asie centrale." Décidément, on ne s'éloigne pas de la route de la soie pendant ce voyage.

En haut du couloir du Gansu dans le désert de Gobi
(et à l'est du Taklamakan, que de sable...)
Au sens propre, le mot « gobi » (prononcé gov)
désigne en mongol un territoire semi-aride
en forme de grande cuvette
Dunhuang, j'en avais vu des photos quasi à notre arrivée en Chine, une pub pour un hôtel qui avait l'air enchanteur dans son écrin de sable. Je ne savais pas où se trouvait l'endroit à l'époque, mais j'avais immédiatement été tentée. Et puis, vu la grandeur du pays, les tentations sont multiples et je l'avais presque oublié. Mais pas tout à fait.... Dunhuang était sur notre chemin du retour, pour autant d'être prêts à entamer un détour de quelque 700 km, distance microscopique par ici.

La Source Croissant de Lune
Dunhuang a tenu toutes ses promesses, rien que pour les dunes "Mingsha chantant" (40 km d'est en ouest et 20 km du nord au sud) dominant la "Source Croissant de Lune". A la conquête de l'une d'entre elles et à une promenade à dos de chameau, nous avons ajouté une promenade à vélo.

video

Photo de ma souriante monture après l'effort
J'aurais pu passer mon court séjour à contempler le sable. Mais il y avait un bout de la Grande Muraille qui m'attirait. La Muraille, je l'avais vue au nord de Beijing, je savais que dans sa partie ouest elle était partiellement ensevelie par le désert.

Plus que partiellement ensevelie, il ne reste pas grand chose
de l'ouvrage majestueux

Notre voyage en ligne droite nous a conduit jusqu'à
Yandan National Park
Yadan National Park, une réserve protégée sur  400 km2
qui ressemble à une oeuvre d'art abstrait, le produit de
l'érosion d'un lac disparu il y a des millions d'années.
Parce que, sur le chemin du retour, nous avons passé par une série de grottes recelant des peintures vues à la lampe de poche, j'ai fait l'impasse le lendemain sur les grottes de Mogao. Je n'aurais pas dû, je lis que c'est grâce à leur découverte que Dunhuang est connu du monde entier (il s'agit un des premiers ouvrages imprimés de l'histoire de l'humanité, le Soutra du Diamant, daté de 868 après J.-C. pour les curieux.) Au lieu de cela, j'ai regardé les dunes depuis mon hôtel... tant pis!

jeudi 24 octobre 2013

Tourfan, brillante perle de la route de la soie


Tourfan (吐魯番 Tǔlǔfān ; ouïgour : تۇرپان / Turpan) est une ville-oasis située dans la région autonome ouighoure du Xinjiang de 250 000 habitants à 150 km d'Urumqi.


Tourfan est depuis des siècles le centre d'une oasis fertile (production de raisins, plus d'une tonne de raisins exportés en Chine et plus loin, mais aussi melons,entre autres) et une importante cité commerciale de la Route de la soie, au nord de la dépression de Tourfan. Cette dépression, longue de 240 km, est réputée pour être « la chambre des vents de la Chine » (des vents de force 8 à 12 soufflent plus de cent jours par an et détruisent les arbres, les récoltes et raclent les sols). C'est aussi le 3e point le plus bas du monde avec ses 154 m en dessous du niveau de la mer et le plus chaud de Chine. En été, on atteint facilement 47°C, et même 82°C sur les dunes de sable, il paraît qu'on pourrait cuire un cake dessus. Mon guide de voyage parle de la Vallée de la Mort de la Chine. C'est tentant, non?


Jusqu'au Ve siècle, la capitale de la région était Jiaohe (Yarkhoto), à 16 km plus à l'ouest. Ses ruines  se trouvent perchées sur une terrasse étroite surplombant de 20 à 30 m deux rivières. La "Ville des falaises" atteignit son apogée sous les Ouïghours au IXe siècle, mais fut détruite par les rébellions mongoles et abandonnée au XIIIe siècle. Construite en pisé, elle est aujourd'hui très endommagée; elle comptait parmi ses principaux monuments plusieurs monastères bouddhistes, une pagode, un groupe de 101 stupas...



















Antique, certes, endommagée nul doute, mais si moderne pour les touristes...

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Puisque nous faisions partie d'un voyage organisé depuis Urumqi, nous avons eu le privilège de suivre la guide, de monter dans le car et en descendre quand on nous le demandait, nous avons eu un programme bien chargé qui passait par un musée des karez. Ce système de canaux d'irrigation souterrains, alimentés par des puits, comprend un total de 1600 km de tunnels dans le district de Tourfan. Il était indispensable à l'irrigation et à la survie de la région. Ce système est d'origine persane.


Notre petit groupe a passé par le minaret d'Emin, un des joyaux architecturaux de la Route de la Soie; haut de 44 m, érigé au XVIIIe siècle; c’est un fuseau de simples briques séchées au soleil, décoré de motifs géométriques et floraux. 





















Si les endroits touristiques dans l'oasis sont nombreux, notre tour opérateur du jour avait heureusement procédé à une sélection. Dont faisait partie les Monts Flamboyants, des montagnes de grès, qui réfléchissent une intense chaleur.

Même que nous y étions en fin de journée,
les montagnes ne flamboyaient pas trop


Mais rien n'arrête les touristes quand il s'agit de poser
pour la photo

Notre voyage n'aurait pas été complet sans un arrêt dans la vallée des raisins, une gorge située à l'est de Turfan, un complexe touristique où nous avons goûté raisins, melons et pastèques. Turfan produit une centaine de sortes de raisins. Nos hôtes ont dansé pour nous... avant de nous faire déguster des raisins secs de leur production et de nous les vendre.

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Après une journée passée avec de parfaits inconnus, on devient des copains. Pour un jour... plus je craquerais.