Pour qui? Pour quoi?


A peine arrivée, j'ai eu envie de rédiger et d'illustrer nos découvertes et notre nouvelle vie. Pour ceux que ça intéresse, mais aussi pour nous, des fois que nos mémoires nous jouent des tours.

lundi 24 septembre 2012

Shanghai hua 上海话


Shanghai hua 上海话, c'est la langue qu'on parle à Shanghai, le shanghaien. C'est la forme dialectale septentrionale du wu. Avec quatorze millions de locuteurs, c'est la forme la plus répandue au sein de ce groupe linguistique. C'est aussi une langue écrite et bien identifiée, avec seulement deux contrastes tonals (haut et bas), à la différence du mandarin (quatre tons) et du cantonais (neuf tons). Ouf, que deux tons que je ne distingue toujours pas.


Jusqu'à assez récemment, l'emploi du shanghaien n'était pas encouragé dans les écoles, les journaux et les radios, au contraire du mandarin. Il faut dire que le mandarin est rassembleur. A Shanghai seulement il y a plus de 8 millions de migrants qui sont arrivés avec leur propre dialecte dans leur baluchon. Le seul moyen de communiquer entre eux et avec les locuteurs locaux c'est en mandarin. C'est le cas dans tous les endroits dont le développement économique a été fulgurant, qui ont attiré de la main d’œuvre de tout partout en Chine. Le mandarin est la seule langue officielle autorisée à être enseignée dans les salles de classes ordinaires sur l’ensemble du pays. La nation souhaite mettre l’accent sur une langue unifiée pour assurer une communication fluide, compte tenu des nombreux dialectes régionaux.


L'ennui dans tout ça est que le shanghaien fout le camp. L'année passée les médias ont envoyé des SOS et ont recherché les quelques vrais locuteurs qui restaient, ceux qui parlaient la langue pure, qui étaient nés dans la ville, qui n'avaient pas été élevés par des parents d'origines mixtes, qui avaient toujours vécu ici, des purs... pour les enregistrer et analyser leur dialecte. Nombreux sont ceux qui craignent sa disparition alors que le nombre de jeunes locuteurs du dialecte décroit rapidement. Les parents de la ville ont exprimé à plusieurs reprises la crainte que leurs enfants perdent leur propre dialecte local.

Dès 2005, des dépêches ont indiqué que le shanghaien serait enseigné dans les lycées, donnant lieu à une grande controverse. Les partisans de cette réforme plaidaient pour un bénéfice culturel, ses opposants arguant que la réforme encouragerait des discriminations sur les origines des élèves : les Shanghaiens ont une réputation de fierté caricaturale et parfois hautaine de leur propre identité, regardant de haut les Chinois issus d'autres provinces.

Et voilà qu'en cette rentrée d'automne 2012, les étudiants vont recevoir leurs premiers manuels de shanghaien pour apprendre et pratiquer le Shanghaihua. Un professeur de linguistique Shanghaienne Qian Nairong, co-auteur du nouveau manuel scolaire a déclaré : " Ces écoles avaient essayé par le passé d’enseigner aux élèves le Shanghaihua mais les enseignants trouvaient souvent des difficultés face à un manque de régularité et de matériels didactiques ". Cependant l’efficacité d’une telle initiative est toujours en questionnement car il n’est pas évident de trouver un créneau pour un tel cours parmi les horaires quotidiens qui sont déjà bien serrés.Les manuels scolaires contiennent des poèmes et des chants en dialecte local. Il semble même que la demande soit plus grande que le nombre d'élèves, des parents, des seniors et des curieux sont intéressés à connaître ou retrouver cette langue.


Je lis dans mon quotidien beaucoup d'enthousiasme pour le maintien de la langue. Mais n'est-ce pas un peu tard ?

Je me rends compte que ce sujet est très local, alors qu'on ne voit pas toujours la différence entre les langues asiatiques. Rattrapage...

vendredi 21 septembre 2012

Dr Sun, je présume

Un portrait trouvé dans une vitrine à Nanjing
Quand nous sommes allés à Nanjing, il y avait une visite incontournable à faire : le mausolée de Sun Yat-sen. Encore faut-il savoir qui est ce bonhomme pour qui on a construit un beau mausolée en haut d'une montagne. Commentons les informations trouvées sur internet.


" Sun Yat-sen (en chinois 孫逸仙, Sun Yat-sen étant la prononciation en cantonnais qui s'est exportée en occident ; le nom se prononce Sūn yì xiān en mandarin), plus connu en Chine sous son surnom, Sun Zhongshan (孫中山 en chinois), également appelé Sun Wen (孫文), (12 novembre 1866 - 12 mars 1925) était un leader révolutionnaire et homme d'État chinois. " Ça, c’est très chinois, il y a plusieurs versions de son nom, heureusement que son nom de famille ne varie pas d'une version à l'autre.

A Nanjing, nous avons osé faire le tour
de la statue, mais pas la photographier.
Ceci est donc une photo volée...
" Il est considéré comme « le père de la Chine moderne ». Il a eu une influence significative dans le renversement de la dynastie Qing (dont le dernier représentant a été Pu Yi) et l'émergence de la République de Chine. Sun Yat-sen, l'un des fondateurs du Kuomintang, a été le premier président de la République de Chine en 1912. Il a développé une philosophie politique connue sous le nom des Trois principes du peuple (nationalisme, démocratie et bien-être du peuple)."

... la même statue, depuis une fenêtre de face.
Photo autorisée
  " Sun Yat-sen est né dans une famille de paysans pauvres de la province du Guangdong, dans le sud de la Chine. Après avoir été à l'école de son village, Sun Yat-sen, à l'âge de treize ans, va vivre avec un frère aîné, qui avait émigré à Honolulu (Hawaii) et qui y est devenu un marchand prospère.  Il obtient un diplôme de médecine à l'université de médecine pour les Chinois de Hong Kong, dont il a été l'un des deux premiers diplômés. Il pratique alors brièvement la médecine à Hong Kong en 1893. Il épouse à vingt ans Lu Muzhen. Elle lui donne un fils et deux filles. Ils mèneront vite des vies séparées, Lu Muzhen n'étant pas en mesure de le suivre dans ses tribulations, en raison entre autres de ses pieds bandés. Sun Yat-sen aura par la suite une autre compagne qui l'assistera dans ses activités politiques, Chen Cuifang. Considérée avec son accord comme une concubine par la famille Sun, elle est enterrée dans le cimetière familial. En 1915 il épouse Song Qingling, après avoir cette fois divorcé de Lu Muzhen car les Song sont méthodistes. C'est elle qui sera connue internationalement comme « Madame Sun Yat-sen ». " Je réalise que sa vie sentimentale est aussi compliquée que son nom. Donc, chez les méthodistes, on accepte quand même la concubine, c'est gentil.

Ses années d'étude à Hawaii l'ont poussé à développer un fort intérêt pour le système économique américain, dont il devient l'un des plus ardents défenseurs. La phrase d'Abraham Lincoln « Le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple » lui inspire d'ailleurs ses « trois principes du peuple ».

Sun Yat-sen en famille à Honolulu, Avril 1901
(sa mère Lady Yang (centre), sa fille Sun Wan (tout devant),
son fils Sun Ke (à gauche), sa fille aînée Sun Yan (à droite);
sa femme Lu Muzhen est à côté de lui au dernier rang.
" Sun marque aussi sa forte opposition au gouvernement impérial Qing de la Chine, et commence sa carrière politique en essayant d'organiser des groupes de réforme des Chinois exilés à Hong Kong. Il fonde le Xingzhonghui (littéralement « société pour le redressement de la Chine ») pour exposer ses idées pour la prospérité de la Chine et comme plateforme de ses futures activités révolutionnaires, fomente un coup d'État qui échoue, doit s'exiler pour seize ans en Europe, aux États-Unis, au Canada, puis au Japon, réunissant de l'argent pour son parti révolutionnaire. Au Japon, il rejoint d'autres groupes révolutionnaires chinois et fonde avec eux une ligue d'union dont il est élu président, et dont il exprime ainsi le programme : « Chasser les étrangers, restaurer la Chine, fonder une république et redistribuer équitablement les terres »."

Avec Chen Cuifen, la concubine
(Sun Yat-sen Memorial Museum à Guangzhou)
" Une révolte à Wuchang, la chute de la dynastie Qing, un gouvernement républicain provisoire est proclamé et tous s'entendent sur l'appel à Sun Yat-sen pour en être président. Sun Yat-sen, alors aux États-Unis, revient et est élu président provisoire et proclame à Nankin la République de Chine au début de 1912. Dans son discours inaugural, il, annonçe « l'unification des peuples han, mandchou, mongol, hui et tibétain ». Promouvoir un État multiethnique était le moyen choisi par Pékin pour affirmer son héritage de l'empire."

Avec Song Qingling, sa seconde épouse
" Sun Yat-sen organise alors la République de Chine,  lance une démarche de codification des lois. En 1923, il prononce un discours durant lequel il proclame les « trois principes du peuple » comme principes fondateurs du pays et la constitution des cinq pouvoirs (le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif, le pouvoir judiciaire, le pouvoir d'examen et le pouvoir de censure) comme base du système politique et de l'administration. Il crée l'Académie militaire de Huangpu près de Canton, à la tête de laquelle il nomme Tchang Kaï-chek."


Sa maison à Shanghai
" En 1924, Sun Yat-sen voyage dans le Nord et donne un nouveau discours pour suggérer l'idée d'une conférence pour le peuple chinois et l'abolition de l'ensemble des traités inégaux avec les pays occidentaux. Il meurt d'un cancer le 12 mars 1925 à l'âge de cinquante-neuf ans, sur la route de Pékin. La veille de sa mort, il fait rédiger un message adressé au Comité exécutif central des soviets. Ce message émet le vœu que les communistes et le Kuomintang continuent à collaborer étroitement. La suite des événements devait montrer que ce vœu ne se réaliserait pas et la rupture entre les deux partis révolutionnaires devait survenir moins de deux ans plus tard."

Statue de Sun Yat-sen dans sa maison à Shanghaï
(Alouette B sur Wikipedia)
A la lecture de ce qui précède, je réalise que la Chine moderne a beaucoup de papas, Sun, Mao, Deng. Et le prochain, celui qui succédera au bon président Hu, sera-t-il lui aussi un papa ?

jeudi 20 septembre 2012

Nos amis japonais


Il y a des blessures qui sont longues à cicatriser et qui s'ouvrent à nouveau pour des raisons qui paraissent futiles aux outsiders que nous sommes. Tout ça pour quelques cailloux dans la mer... Mais les tensions entre les deux pays sont anciennes. Revenons un peu en arrière, mais pas trop.

" Dans l'Histoire récente, deux guerres ont eu lieu entre ces deux pays : la guerre sino-japonaise de 1894-1895 et celle de 1937-1945. La guerre de 1894-1895 aboutit à la défaite de l'Empire de Chine face à l'Empire du Japon. La Chine doit céder notamment Taïwan et abandonner sa suzeraineté sur la Corée qui devient colonie japonaise. [...] Au cours des années 1930, plusieurs conflits armés ont lieu entre la Chine et le Japon, constituant des préludes au déclenchement officiel de la seconde guerre sino-japonaise, et y étant parfois inclus : la conquête de la Mandchourie par le Japon en 1931, qui aboutit à la création du Mandchoukouo, et la Guerre de Shanghai en 1932. Après l'invasion par l'Empire du Japon d'une grande partie du territoire de la République de Chine (1912-1949), la seconde guerre sino-japonaise se termine lors de la capitulation du Japon à l'issue de la Seconde Guerre mondiale." Wikipedia

Le massacre de Nanjing de 1937 n'a pas été oublié
(Shanghai Daily)
Lu sur lefigaro.fr : " Les relations commerciales entre la Chine et le Japon commencent à pâtir sérieusement de la tension entre les gouvernements des deux pays. En début de semaine, Canon et Panasonic annonçaient la suspension de leurs opérations en Chine. Ce mardi, les constructeurs leur emboîtent le pas. Toyota, Nissan et Honda ont arrêté partiellement ou totalement leur production sur le territoire du premier marché automobile mondial. Des craintes pour le personnel ont été évoquées, alors que des concessionnaires de Toyota et Honda ont déjà subi des attaques de la part de manifestants chinois. À eux trois, les constructeurs nippons comptent onze usines d'assemblage en Chine, qui fabriquent près de trois millions de véhicules par an. Sur la Toile chinoise, les appels au boycott de produits japonais se multiplient, alors que l'an dernier la Chine était la première destination des exportations nipponnes.


Pour quelques arpents de rocs perdus en mer de Chine orientale, les passions s'enflamment entre la deuxième et la troisième économie mondiale. Des manifestations antijaponaises se sont poursuivies ce week-end à travers toute la Chine, forçant de grandes entreprises japonaises à interrompre leurs activités.
La presse officielle chinoise a brandi lundi la menace de sanctions économiques. Le Quotidien du peuple a averti que le Japon risque de vivre une nouvelle «décennie perdue» de stagnation économique si la Chine a recours à l'arme économique. Ce lundi, la plupart des grandes entreprises opérant en Chine - dont Panasonic et Canon - ont fermé des sites, demandant à leurs employés de rester chez eux. La fièvre nationaliste chinoise a pris un tour violent ces deux derniers jours. À Qingdao, le feu a été mis à une usine Panasonic, et des concessionnaires Toyota et Honda ont été attaqués. Une autre ­usine Panasonic a été victime de «sabotages» de la part de ses ouvriers chinois. À Xian, un hôtel de luxe fondé par des Japonais a été saccagé. À Shenzhen, les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes et de canons à eau contre la foule."


On parle de diables japonais, on défile avec des slogans anti-Japon. J'ai entendu que ces manifestations pourraient être orchestrées par le gouvernement chinois à la veille de la fête nationale du 1er octobre et du changement de gouvernement prévu en octobre. Rivalités politiques, laissés pour compte du miracle chinois qui manifestent leur mécontentement, scandales impliquant des hauts dirigeants, la maison Chine se fissure. Alors hop on remet une couche de nationalisme pour solidifier l'édifice, pourquoi pas ? Mais attention à ne pas trop en faire, ne pas perdre le contrôle tout de même, il faut que les "Chinois transforment en force leur colère"...

Quand j'ai lu qu'à Shanghai, beaucoup de magasins et restaurants japonais étaient restés fermés ou marquaient leur amour pour la Chine, je me suis dit que je devais aller jeter un œil. Je confirme...

 







 

Et puis, il y a encore cette histoire du 81e anniversaire de l'invasion chinoise qui n'a jamais été oubliée, le 18 septembre, jour de l’ "humiliation nationale" . Il paraît que les sirènes auraient dû résonner ce jour-là. Nous ne les avons pas entendues. Par contre, samedi 15, les sirènes ont gémi, sans qu'on en connaisse la raison.

video

Le journal a été particulièrement laconique à ce sujet, si bien qu'on ne sait pas très bien ce qui s'est passé. C'est un sentiment étonnant de vivre en Chine, dans une situation de tension, et d'entendre les sirènes retentir dans toute la ville. C'est rassurant de voir que personne ne leur prête attention.

mardi 18 septembre 2012

Ca bouge dans les dictionnaires

La seule photo en lien direct avec le sujet
puisqu'il est question d'ATM
Ça y est, l'anglais envahit les dictionnaires chinois ! 239 nouveaux mots, principalement des acronymes ou des abréviations.

L'éditeur a été accusé de manquer de respect envers la langue chinoise et de lui nuire, traître, va !


 L'éditeur se défend, ces nouveaux "mots"  devraient faciliter la compréhension des Chinois dans leur environnement quotidien. Quelques exemples ? NBA, GDP, ATM, CPI... Pour les nuls comme moi, NBA est l'abréviation de National Basketball Association, GDP c'est Gross domestic product, notre bon vieux PIB. CPI pourrait être Consumer Price Index, mais dans le monde francophone, cet acronyme renvoie plutôt à la Cour pénale internationale. L'éditeur peut bien se défendre en avançant que l'adjonction de mots non-chinois permet à ce dictionnaire d'être un ouvrage de référence moderne indispensable de de nos jours. J'ai écrit "non-chinois", mais on le voit avec CPI, ce n'est pas non-chinois, c'est américain.


Les défenseurs de la sauvegarde du chinois avancent que le mélange est bizarre et que cet incursion de mots étrangers encourage les utilisateurs du dictionnaire à remplacer progressivement des mots chinois par d'autres prenant le risque de l’appauvrir. On en comptait 39 dans la 3e édition, 120 dans la 5e et maintenant 239. L'organisateur d'une pétition commente : " A ce rythme, on aura 10 000 mots étrangers dans 100 ans. Il faut réagir et trouver des traductions."



Des linguistes répliquent : " Mais, non, pas du tout. Une langue vivante doit absorber de nouveaux éléments."

Chers Amis chinois, nous aussi avons absorbé des anglicismes. Ils ont certainement l'air moins bizarres dans nos dictionnaires, mais sont omniprésents dans nos vies : casting, business (man, class, plan, model...), call center, coach, ... Certains s'en indignent, d'autres proposent des solutions de remplacement (http://pautard.e-monsite.com/pages/langue-francaise-et-anglicismes.html, http://www.achyra.org/francais/viewforum.php?f=8). 

Mais c'est aussi un peu de notre faute. Prenons ATM qui est le sigle pour Automated Teller Machine. Quand je recherche ATM pour un équivalent en français, l'explication est compliquée :

" Un guichet automatique bancaire (abrégé en GAB en français de France) ou distributeur automatique de billets (DAB) ou guichet automatique en français québécois, ou encore bancomat en Suisse et Italie, est un appareil électronique et électromécanique permettant aux clients d'effectuer différentes transactions bancaires en libre-service. [...] En Suisse, le terme bancomat fait référence à tous les appareils des établissements bancaires, alors que le terme postomat fait référence uniquement aux appareils de PostFinance."
Si c'est aussi alambiqué en chinois, pas étonnant qu'on utilise ATM !

"Si un homme a de l'argent, il a une vie romantique partout."
Apprendre une langue, saisir les messages (écrits ou oraux) que l'on s'envoie pour communiquer, va bien au-delà de la compréhension de mots isolés. Nous avons des codes de communication qui ne figurent nulle part, ni dans les dictionnaires, ni dans d'autres ouvrages de référence. Il faut faire des gaffes, se vexer, faire pleurer pour apprendre ces codes. Deux cas se sont présentés à moi hier. Les voici :
  • J'avais envoyé à mon amie Kelly une vidéo et des photos de Chinois offrant des "free hugs" (câlins gratuits) parce qu'elle s'est jointe à un tel groupe. Comme elle progresse de façon impressionnante en français, nous nous écrivons soit en chinois, soit en français. J'ai reçu un courriel de remerciement " Merci beaucoup, mon chéri :) " Il faudra que je lui dise ce soir que sa réponse n'est pas adéquate.
  • Mon vendeur de journaux me commente chaque jour les nouvelles concernant Diaoyu, en n'omettant jamais de critiquer vertement les Japonais qui sont, selon lui, des voleurs, des menteurs et des profiteurs, il y a des blessures longues à se refermer. Vendredi, alors que Louis (Lu Yi ?) était en grande discussion avec une dame, son père me tend le journal et me montre d'un doigt accusateur la une. Je lui dis que je sais, que son fils me tient régulièrement au courant de la situation et j'ajoute : " Il n'aime pas tellement les Japonais." Louis interrompt sa conversation et me présente la dame : " C'est une amie japonaise." Zut, j'aurais dû me taire ! Lundi, il me dit sur un ton de reproche, que son amie a pleuré après mon départ, je lui ai demandé de transmettre à son amie toutes mes excuses, mais le mal était fait, j'avais été trop directe. Pourtant, il n'avait jamais été tendre avec ses amis du Soleil levant...

Dans l'autre sens aussi, il faut parfois serrer les dents ou s'empêcher de rire :
  • Mon coiffeur, Jimmy, m'a dit que j'avais de jolies boucles d'oreilles. " Combien coûtent-elles ? " " Je ne sais pas, c'est un cadeau ".  Ça ne lui a pas paru être une bonne excuse, au contraire connaître le prix d'un cadeau, c'est important ! Il a insisté, j'ai résisté. Il faut dire que je viens d'un coin du monde où parler d'argent est tabou.
  • Un collègue de Fred a indiqué à son fils alors âgé de 4 ans qu'il pouvait nous appeler grand-papa et grand-maman parce que nous avions l'âge de l'être. Certainement qu'il nous aurait demandé notre âge s'il ne l'avait pas déjà su.
Et si on veut se mettre au mandarin :

samedi 15 septembre 2012

Diaoyu ? Senkaku ?




Qu'est-ce qui fait la une des medias chinois actuellement ? Les élections américaines ? Le renouvellement de la tête du parti en octobre ? L'iPhone 5? Les seins de Kate Middleton ? Rien de tout ça... Depuis quelques jours il est surtout question des îles Diaoyu dont tout le monde se moquait éperdument jusqu'à tout récemment. Video...


Ilots oubliés des cartes, oubliés des traités, inconnus du reste du monde qui créent pourtant des remous par ici. On nous dit que les touristes chinois annulent leurs voyages au Japon, que le Japon sera absent de la parade pour l'ouverture du festival du tourisme de Shanghai, que le sponsor principal (japonais) du marathon de Shanghai a été remercié, l'ambassadeur japonais en Chine remplacé...

" Les îles Senkaku ou Îles Diaoyutai se trouvent dans la mer de Chine orientale, au nord-est de Taïwan et au sud-ouest d'Okinawa Hontō. Administrativement, elles dépendent de la ville d'Ishigaki sur l'île éponyme, dans la préfecture d'Okinawa, au Japon. Géographiquement, elles font partie de l'archipel Sakishima, avec les îles Yaeyama et Miyako (plus au sud), et donc des îles Ryūkyū. Ces huit îles et rochers sous contrôle japonais, cependant revendiquées depuis les années 1960 par la République de Chine (Taïwan) qui les rattache à la ville de Toucheng dans le comté de Yilan, ainsi que par la République populaire de Chine qui les rattache à la province de Taïwan. "

Au moins cette dispute permet à la Chine et Taïwan de s'entendre sur ce point, il faut toujours chercher les points positifs. Reprenons.

" L'intérêt de ces îles est économique, car en plus d'avoir des eaux très poisonneuses, elles comptent des gisements potentiels d'hydrocarbures à proximité, notamment celui de Chunxiao/Shirakaba. Elles ont également un intérêt stratégique pour la marine chinoise. "

Ah, voilà ! Merci Wiki, encore et toujours. L'AFP rapporte : "Le gouvernement japonais a décidé d'acheter à des particuliers japonais un groupe d'îles qui sont énergiquement revendiquées par la Chine. " France24.com nous apporte des précisions quant à la tournure des événements.

" Six navires de reconnaissance chinois ont pénétré vendredi dans les eaux japonaises, à proximité d'un archipel au centre d'un contentieux territorial entre Tokyo et Pékin. " La patrouille de navires chinois dans les eaux des îles Diaoyu démontrent la souverainté de la Chine sur ces îles et leurs îlots adjacents ", indique le ministère chinois des Affaires étrangères dans un communiqué. La garde-côtes japonaise, qui assure ne pas avoir eu recours à la force, les a sommés de faire demi-tour, mais trois seulement ont obtempéré. " Nous allons faire notre maximum en termes de vigilance et de surveillance ", a promis le Premier ministre Yoshihiko Noda, interrogé sur la réaction de Tokyo. [...] "Avec le prétendu achat des îles par le Japon, il sera difficile d'éviter des conséquences négatives pour les liens économiques et commerciaux sino-japonais ", a par ailleurs déclaré jeudi le vice-ministre chinois du Commerce, Jiang Zengwei.




Résultat, chacun met son drapeau sur les rochers, des manifestations antijaponaises de milliers de personnes dans plus de 20 villes de Chine, des commerces japonais, des restaurants et des véhicules pris pour cibles dans certaines villes, situation tendue...


J'ai lu que certains Chinois ont mis le feu a leur propre voiture japonaise en guise de protestation. Décidément il faudrait plusieurs vies pour comprendre la Chine.

vendredi 14 septembre 2012

Vivre à la dure

En été, quand il fait chaud, il fait vraiment chaud
Chaud débat à la rentrée scolaire : est-ce que les salles de classe doivent être rafraîchies en été et chauffées en hiver ou est-ce que les gosses doivent s'habituer à la dure réalité de le vie ?

Il faut savoir que la Commission scolaire de Shanghai a interdit à toutes les écoles publiques primaires et secondaires d'avoir des systèmes de refroidissement de la température (AC) en été et chauffage en hiver, souvent le même appareil. Les officiels ont décrétés que modifier les températures artificiellement peut nuire au système immunitaire des enfants et augmenter leur fragilité.

Notre AC / chauffage (au plafond).
C'est la plante qui n'est pas très contente !
Bien des parents sont mécontents, hivers de plus en plus froids, étés de plus en plus chauds et leurs chères têtes noires sont congelées ou cuites, selon la saison. Inhumain, voire cruel. D'autant plus que quand la Commission scolaire se réunit, ses membres se retrouvent dans une pièce dont la température a été modifiée artificiellement.

En hiver, quand il fait froid, ça caille...
Glaçons et neige au menu


Voyons, les avantages et les inconvénients de ces modifications artificielles...

Pour

  • Au moins des ventilateurs en été, c'est insupportable de rester assis pendant huit heures par une telle chaleur. Et les uniformes sont bien trop chauds, les enfants suffoquent.
  • En hiver, les gosses assis près des fenêtres sont congelés.
  • Les enfants pourraient apprendre les économies d'énergie autrement, sans souffrir.
  • Si le but est d'étudier, il faut offrir un cadre adéquat.
  • "Nous ne sommes plus à une facture près," commente une mère, "nous devons déjà couvrir tellement de frais scolaires. Au moins nous saurions ce que ceux-ci représentent!"

Contre

  • Les enfants doivent apprendre à vivre dans un environnement qui tient compte des économies d'énergie.
  • Il y a plus de 1500 écoles à Shanghai. Installer des systèmes de chauffage/refroidissement occasionnerait d'énormes frais, un investissement peu rentable pendant les vacances scolaires.
  • Les parents devraient encore prendre en charge des frais supplémentaires. Ce serait mieux d'améliorer les cantines scolaires d'abord.
  • Avec les systèmes électriques existants, ajouter des appareils pourrait s'avérer dangereux.
  • A force d'être au chaud en hiver, les enfants seront sujets aux rhumes.
video

Difficile de savoir qui a raison, qui a tort, c'est tellement culturel. J'ai été habituée à avoir chaud chez moi, même quand le thermomètre passait gaillardement sous 0°C et qu'il neigeait dehors. Pour des raisons "écologiques", il y a quelques années, nous avons descendu la température à 21°C; je me souviens avoir grelotté pendant un bon mois, pelotonnée sous une couverture quand j'étais inactive. Et puis je me suis habituée. Maintenant quand je retourne en Suisse en hiver, je suffoque, je dors mal... J'ai montré des photos de Suisse à mon amie Kelly. Lorsqu'elle a vu celles d'une fête de Nouvel an, juste après avoir vu des paysages enneigés, sa première réaction a été que nous étions tous en tenue d'été en plein hiver, que j'ai justifiées en précisant que nous étions à l'intérieur. "Je sais, j'ai vu !" Et moi, je comprends sa réaction. Mon premier hiver ici a été terrible à l'intérieur. J'ai claqué des dents et enchaîné rhume sur rhume. Le deuxième m'a paru beaucoup plus tolérable.

Il me reste toutefois des questions :
  • Est-ce que Mao avait raison d'interdire toute forme de modification de la température au sud du Yantsé ? Reviendra-t-on à cela ?
  • Est-il normal de se balader chez soi en t-shirt en plein hiver ?
Dans ma classe de chinois, chauffage à fond...
et tout de même pas si chaud que ça


mercredi 12 septembre 2012

C'est un garçon !


Deux jours, coup sur coup, Fred a reçu des œufs. Pas pourris d'un public qui n'apprécierait ses prestations. Non, pelés, deux à la fois, emballés individuellement dans du plastique.


Deux œufs et un bonbon dans un joli emballage, rouge what else?, nous annonçant que c'est un garçon.


On pourrait s'imaginer qu'il s'agit d'un cadeau d'un collaborateur à son chef. Tout faux ! Chaque collaborateur a reçu sa boîte, une fois offerte par un collègue au 7e ciel d'être devenu le père d'un petit garçon. Le premier cadeau, par contre, m'étonne davantage. C'est une ayi, femme de ménage en charge de la conciergerie, qui a offert à tout le monde le même genre de présent pour la naissance de son petit-fils, fils de sa fille.


J'ai décidé de sonder internet pour savoir pourquoi on offrait des œufs. J'ai trouvé des informations, pas exactement ce que je cherchais, mais quand même intéressantes. En voici un petit condensé.
  • Tout d'abord, il semble qu'un bébé n'aura pas de nom avant la fin de son premier mois. La mortalité infantile ayant été très élevée, un enfant n'était pas accepté formellement dans sa famille avant. Il semble que ce soit encore courant de nos jours.
  • En tant que premier rite d'une vie, les rituels de naissance consistent en une série de cérémonies comportant celles des trois matins, du premier mois, des premiers cent jours et de l'année complète de vie du bébé.
  • Les trois matins : fait référence à la cérémonie de naissance qui se tient le troisième matin après que le bébé soit né. Des œufs peints en rouge, de fines nouilles sèches, des gâteaux de graines, et autres aliments sont envoyés par la grand-mère du bébé pour célébrer sa naissance. Plus tard, se déroule une cérémonie du bain donné au bébé, dans laquelle on utilise de l'eau chaude, bouillie avec des plantes médicinales. Dans le même temps, le bébé est béni pour éloigner les mauvais esprits. 
  • Le trentième jour : Le trentième jour après que le bébé soit né, une cérémonie de rasage de la tête a lieu. Elle est relativement solennelle parmi les anciennes cérémonies. Lors de cette cérémonie, la tête du bébé est rasée par un coiffeur à qui les parents donnent ensuite un cadeau. Les cheveux foetaux du bébé seront rangés ou suspendus au chevet du lit. 
  • Le centième jour : Le centième jour après que le bébé soit né, des cérémonies de rencontre de l'oncle maternel et de baptême se tiennent, ce dernier étant le but principal. Des caractères prometteurs comme "gui'er" ( 瑰儿) et "xiang'er" (祥儿), qui signifient respectivement "noble" et "propice", sont populaires. Il est aussi répandu dans certaines régions de choisir des petits noms ou des noms avec un sens d'invocations tels que "toutou" ou "chaton" aussi bien que "Suozhu" (锁住) et "Shuanzhu" (拴住) (qui signifient respectivement fermer et attacher). Il existe aussi une coutume répandue en Chine du Sud consistant à appeler un bébé d'après son poids, comme "sept jin" (七 住) ou "neuf jin" (九住) (respectivement 3,5kg et 4,5kg). Une coutume Mandchoue consiste aussi à nommer le bébé selon l'âge du "shaikh" (homme âgé et sage). Au cas ou le grand-père, par exemple, a 88 ans à la naissance du bébé, ce dernier s'appellera "quatre-vingt-huit".

Et je n'ai bien sûr rien trouvé sur la naissance des filles...