Pour qui? Pour quoi?


A peine arrivée, j'ai eu envie de rédiger et d'illustrer nos découvertes et notre nouvelle vie. Pour ceux que ça intéresse, mais aussi pour nous, des fois que nos mémoires nous jouent des tours.

vendredi 26 août 2011

Moganshan Lu ou M50


Des galeries d'art en ville, il y en a pas mal, mais il s'agit souvent de petites galeries. Quand on n'est pas très connaisseur (et un peu paresseux, avouons-le), la motivation manque d'aller dans un endroit, juste pour 4-5 œuvres d'un artiste forcément inconnu, Chi Peng ou Lei Hong, à priori ça ne me dit pas grand chose. A part pour des photos, parce que je suis en général fan de ces regards parfois décalés, parfois objectifs, sur cette Chine et belle et moche et insolite.

C'est donc très attirant d'aller visiter un "art district", un endroit qui regroupe plus de 120 galeries. Au départ, dans les années 30-40, c'était des entrepôts et des usines de textiles. Qui ont fermé en 1999. Puis qui sont devenus le berceau de l'art contemporain à Shanghai depuis 2000, grâce à un artiste, Xue Song, qui a vu dans l'endroit un vrai potentiel avec des loyers plutôt bas. Il a été rapidement suivi par d'autres artistes, des gens de renoms et d'autres en devenir, ce qui a sauvé l'endroit de la démolition.  Il fallait que Shanghai ait un équivalent au quartier "798" de Beijing, toujours cette rivalité. Apparemment, Beijing est mieux, plus grand, plus fort, plus beau...

Et si on allait y faire un tour?

Je vois que Google n'a pas encore adapté la nouvelle fusion entre les districts de Luwan et de Huangpu
du 1er juillet 2010,  faisant ainsi disparaitre Luwan. Ici, moins d'une semaine après quasi toutes les traces de Luwan avaient disparu, à part celles gravées dans la pierre, bien sûr.
Mais ceci ne nous regarde pas, et, surtout, n'a rien à voir avec le sujet.
La rivière Suzhou était, jusqu'à la fin des années 90, un endroit peu conseillé, puant et pollué. Il a fallu que les autorités décident de la nettoyer pour que des gens aient envie d'investir le long de ses berges. Maintenant c'est fait, la rivière est bordée de hauts complexes immobiliers avec jardins. Heureusement, non loin de la rivière Suzhou, ont survécu quelques friches industrielles autour de la rue Moganshan qui sont donc devenues M50.



En sortant du métro, on se trouve dans une zone d'habitations compactes. Puis, à peine la rivière franchie, le mur de graffitis est une distraction bienvenue. Pas tellement par la qualité des œuvres, ça varie d'une fois à l'autre, mais plutôt parce que ce doit bien être le seul endroit où j'ai vu les artistes en pleine folie créative. Ici, pas de travail en catimini au milieu de la nuit. Mais non, en plein jour se créent devant nos yeux des tableaux étonnants.

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Et puis, l'espace M50 s'ouvre devant nous.

 












































Comment choisit-on d'entrer dans une galerie plutôt que dans une autre? Des escaliers raides, une sculpture à l'extérieur, une affiche aguichante, un espace intéressant, une envie de se rafraîchir... toute excuse est bonne pour de bonnes ou de moins bonnes découvertes.



































Lors de notre première visite, nous avons vu une toile que nous aimions bien. Dommage qu'on en ait demandé le prix, elle ne sera jamais sur un de nos murs. Mais peut-être est-ce dû au fait que nous ne connaissons rien au sujet, que nous ne faisons pas la différence entre un artiste réputé et un débutant?

M50
Quelques artistes chinois 
Artzine, le portail d'art contemporain chinois

jeudi 25 août 2011

L'enfant unique


Ah, l'enfant unique! Sujet délicat s'il en est. Que n'ai-je pas entendu sur nous, les enfants uniques : gâtés, égoïstes, incapables de partager ou de collaborer, pensant que le monde nous appartient... Ça marque toute une vie, tellement que chaque fois qu'on m'a demandé si je voulais faire figurer quelque chose de particulier sur un certificat de travail, je souhaitais toujours qu'on note que je savais collaborer avec mes collègues. Ce que les autres ne réalisent pas, c'est que nous sommes propulsés très vite dans un monde d'adultes et qu'il faut parfois beaucoup d'arguments pour faire valoir ses goûts d'enfant ou d'adolescent. Par exemple, convaincre une paire de parents que, non, on n'est pas un extra-terrestre de vouloir aller à un concert de Led Zeppelin à 16 ans et qu'il faut savoir s'entourer de copains pour convaincre les dits parents.


Alors je regarde avec attention tous ces enfants uniques chinois et je me rends compte que leur sort n'est pas à envier. Eux, ce n'est pas que deux parents qu'ils doivent "gérer" mais tous les grands-parents. Les parents travaillent et l'éducation de l'enfant est souvent assurée par les grands-parents qui vivent chez leur fils ou leur fille.

Et cet enfant, c'est un prince ou une princesse, voire plus haut dans la hiérarchie. A quoi le voit-on? Il n'est que rarement transporté dans un buggy, non, on le porte. On m'a dit que c'était parce que les poussettes chinoises étaient peu fiables et que les modèles occidentaux étaient trop chers. Dans une société où les utilisateurs d'iphone sont tout de même nombreux, il me semble que le prix est une excuse valable pour certains, certes, mais en général peu acceptable. J'ai plutôt l'impression qu'on aime porter son "trésor" et qu'on le porte longtemps. Parfois on le brandit carrément et, s'il devient trop lourd, on se l'accroche sur le dos.


Et quand il devient trop long, alors, enfin, il marche, mais on lui porte tout ce qui pourrait l'encombrer, par exemple son sac d'école. Il ne faudrait pas qu'il se fatigue, quand même.

Je suis toujours très étonnée de voir à quel point tout le monde accepte que l'enfant soit traité avec tant d'égards. Il n'y a un peu que nous, les étrangers, que cela étonne. Prenons le métro. Dans les wagons, il y a des places assises, assez peu pour permettre à la horde des voyageurs de s'entasser debout dans les couloirs centraux pendant les heures de pointe particulièrement.


Une rame vide, c'est rare.
Quelques sièges sont réservés à des populations bien précises : les vieux, les adultes avec petits enfants sur les genoux, les handicapés, les femmes enceintes. C'était bien la peine de faire 9000 km pour découvrir cela!


Sauf que, souvent, tous ces gens privilégiés voyagent debout et qu'à ces places de choix, on trouve des enfants et parfois juste leur sac d'école, tout ça sous le regard bienveillant des passagers et, surtout, de leurs grands-parents.

D'un autre côté, ces princes et princesses ont des pressions parfois difficiles à supporter au niveau des performances scolaires, puisqu'ils sont poussés par toute une ribambelle d'adultes.

Alors on se demande ce que cette société va devenir. Tant que le prince ou la princesse grandit, l'enfant est au centre de toutes les attentions des nombreux adultes de sa famille et subit toutes les pressions dues à leurs attentes. Et  ensuite, il ou elle se retrouve dans une société impitoyable. Ça doit être un choc et pas forcément un cadeau pour les employeurs.




Le gouvernement central a décidé de revoir progressivement sa politique de l'enfant unique. J'en ai un peu parlé dans ma chronique sur les allocations familiales. Il semble que cette politique pourrait être "ajustée" pour différentes raisons,
  • le vieillissement de la population, particulièrement observable dans les grandes villes,
  • la pénurie de jeunes travailleurs
  • la proportion filles - garçons dans la société  (plus de garçons que de filles rendant difficile le mariage des garçons de familles pauvres),
  • la solitude des enfants, et
  • la mentalité "prince ou princesse".
Mais même si les Chinois sont tentés d'avoir un deuxième enfant,  ils y voient un grand nombre d'obstacles, le premier étant le coût de l'éducation d'un enfant. En ville, une recherche de 2009 démontre que dans notre quartier (Xuhui) le prix d'une éducation complète est de 490 000 yuans (qu'on peut quasi diviser par 8 maintenant!). Et depuis, avec le développement social et économique tellement rapide l'enfant a encore davantage besoin d'un ordinateur, d'un téléphone qui fait tellement d'autres choses, d'une tablette informatique, ... . Et comme tout ça coûte cher, il faut travailler plus, au risque de ne plus voir sa famille.

Une autre série d'obstacles est observée dans le mode de vie de Chinois puisqu'ils n'ont plus de modèle de famille "nombreuse" : stress, manque de place dans les appartements, employeurs de la mère peu enclins à renouveler le contrat de travail, grands-parents opposés à l'agrandissement de la famille. L'enfant unique a encore une belle vie devant lui, les familles à 96% lui donnent raison.

On se promène en famille avec le petit

lundi 22 août 2011

Xi'an : quelle aventure!

Plan du métro de la ville de Xi'an. Nous ne l'avions pas lors de notre visite, pour la bonne raison que seule la ligne 1 (bleue) est en construction. Ouverture prévue du métro 2012-2013 (le plan plan figure toutefois déjà sur Internet!). 
On voit l'arrêt "gare du nord" en haut du plan, alors que la gare centrale se trouve en haut à droite du rectangle central qui représente la vieille ville. 


Avant même de commencer cette dernière partie sur Xi'an, j'aimerais rappeler que Xi'an n'est pas un petit hameau de 3 fermes, mais une ville chinoise, donc grande, ou grandissante, la vingtième du pays semble-t-il en plein développement.

Notre virée ne concerne pas que la ville, mais comprend un saut Hua Shan. Pour s'y rendre il faut parcourir les quelque 120 km, par la route ou le rail. Nous choisissons le rail. Nous avions prévu de planifier gentiment notre séjour à notre arrivée, mais le retard de notre vol et les prévisions météo en décident autrement. Allons à Hua Shan dès le lendemain, puisqu'il pourrait s'agir du dernier jour de beau temps, et, par conséquent, achetons nos billets de train sur le champ. Le personnel de réception de l'hôtel nous explique comment nous rendre en bus à la gare et nous imprime une liste de trains allant de A à B que nous allons étudier sur une terrasse en sirotant un jus. Parfait!

Sauf qu'en examinant la liste des trains, tous les trains rapides partent de Xi'an gare du nord, alors que nous avons les instructions pour aller à la gare centrale. Nous pensons que nous pouvons aller acheter nos billets à cet endroit, mais quand nous sommes en préparation de voyage, nous aimons bien déjà connaître le chemin et nous repérer dans la gare, ça pourrait gagner du temps. En route pour la gare du nord en taxi, ce sera plus simple.

Nous nous postons au bord d'une rue bien fréquentée. De nombreux taxis arborant la traditionnelle lumière verte sur leur toit (= taxi libre) passent devant nous, sans s'arrêter. C'est vrai qu'ils transportent déjà des passagers. Et si le chauffeur de taxi faisait parfois des courses au noir? Fred propose alors de nous mettre chacun d'un côté de la route pour augmenter nos chances. De mon côté, de nombreux taxis... qui ne s'arrêtent pas et un taxi dont le chauffeur est honnête, mais peu utile : "La gare du nord? Oh, je n'y suis jamais allé, je ne peux pas vous y conduire." Du côté de Fred,  de nombreux taxis... et une voiture privée qui s'arrête. Il me fait signe d'aller le rejoindre, deux charmantes jeunes filles sont d'accord de nous conduire à notre destination.


La passagère parle anglais, mal dit-elle, mais toujours mieux que nous le chinois. La conductrice dit ne pas savoir l'anglais. Nous faisons un peu connaissance, vous êtes d'où? vous êtes de Xi'an? vous faites quoi, ce genre de choses. La conductrice est médecin, nous dit la passagère et elle est étudiante. Très bien. Nous passons vers la gare centrale, clignoteur. Moi avec ma carte à l'appui: "Non, non, c'est à la gare du nord que nous voulons aller." Ah, la gare du nord... La passagère cherche sur le GPS de son téléphone. Et nous avançons. Les bouchons de la ville se débloquent, le trafic devient plus fluide. Et nous avançons tout en bavardant de choses et d'autres.


Comme les lumières de la ville et celles qui bordent la (grande) route se raréfient, nous demandons si la gare est encore loin. "Non, plus très loin, 5 minutes", nous dit-on en nous montrant l'écran GPS qui se déconnecte à ce moment même. Zut. Dans la pénombre, j'essaie de lire ma carte. Difficile. Surtout que je ne sais pas depuis combien de temps on roule ni quelles sont les routes que nous croisons. TOC. Le verrouillage automatique des portes retentit. Ce simple bruit provoque en moi un sentiment d'inquiétude que j'essaie de calmer avec du bon sens. Et je répète : "Est-ce que la gare est encore loin?" "Non, plus très loin, 5 minutes". Il fait de plus en plus noir et nous quittons la grande roue, pour une plus petite route, plus sombre, sur laquelle vraiment peu de voitures circulent. Mais on va où? "Vous êtes sûres que nous allons bien à la gare du nord?". "Oui, oui, nous sommes presque arrivés." "Comme ça dans la nuit? avec une si petite route?" "Vous êtes à Xi'an, ici, pas à Shanghai, ce n'est pas pareil!" J'essaie de raisonner, si la gare est tellement loin et que nous avons eu tant de peine à trouver un taxi, pour le lendemain ce sera aussi difficile. Faisons demi-tour et prenons un train "normal" depuis la gare "normale". Je le dis à Fred qui acquiesce et aux filles qui trouvent que maintenant qu'on a fait autant de chemin, ce serait bête de faire demi-tour. De toutes façons, on est presque arrivés. "A peine 5 minutes." Mon inquiétude se transforme en panique. D'autant plus que la petite route se transforme en piste non goudronnée, pas éclairée, à part par les camions que nous croisons. En vrac, les questions qui me turlupinent : Pourquoi se sont-elles arrêtées pour prendre Fred? Où nous emmènent-elles? Comment une gare si moderne avec des trains si avant-gardistes peut-elle est reliée à Xi'an par une PISTE? Comment retourner à la lumière, en ville? Ma panique se déverse sur Fred, vu que je pense (ou essaie de penser) à voix haute. Nous redemandons de retourner à la gare centrale. Non exclu. "But we are not the bad guys!" (Nous ne sommes pas de mauvaises personnes). Nous, en chœur : "Non, bien sûr que non! Mais cette route est quand même bizarre." "Ah mais, Xi'an n'est pas à Shanghai, ce n'est pas pareil!" Fred me dit de me tenir prête à bondir de la voiture si on arrive à ouvrir les portes. Quelle histoire!

Au loin, une lueur. Fred me donne le signal et nous bondissons de la voiture. Elle ne roulait pas vite, pas d’atterrissage en douleur. La lueur, c'est une tente de chantier avec trois gars dans la nuit noire qui regardent avec étonnement ces étrangers qui déboulent d'une voiture. Nous leur demandons où est la gare, ils nous la montrent dans le loin. Nous demandons où nous pouvons trouver un taxi, ils indiquent la piste que nous venons de suivre avec un sourire. Et pendant ce temps, les filles se sont arrêtées, nous demandent de revenir dans la voiture, qu'elles vont nous reconduire en ville. Fred appelle son fidèle collègue Johnny qui lui passe un petit savon d'avoir accepté de monter dans une voiture inconnue. La passagère est sortie de la voiture et nous supplie de remonter dans la voiture. Fred lui passe le téléphone avec Johnny à l'autre bout.


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L'affaire s'arrange. Nous prenons congé des trois gars dans leur tente et remontons dans la voiture. Les filles nous ramènent à Xi'an et nous sommes connectés périodiquement à Johnny. Nous sommes soulagés qu'elles sachent que nous ne sommes pas seuls dans cette immense Chine. Parce que dans le fond, nous ne comprenons pas vraiment ce que ces filles cherchaient ou ce qui s'est passé. Lors du voyage de retour, toute monde s'excuse, enfin surtout la passagère et Fred. Elle parce qu'elles nous ont fait peur alors qu'elles ne voulaient que nous rendre service, lui parce que nous avons paniqué. Je marmonne sûrement un petit truc pour faire bonne façon, mais j'avoue, je n'ai juste pas envie de respecter pleinement les règles de savoir vivre chinois en faisant semblant que tout ce qui s'est passé est de ma faute. Je bloque, je deviens bornée. Il faut dire pour ma défense que j'ai drôlement eu peur, la première fois en Chine, la première fois depuis bien longtemps. Et quand je ne comprends pas, je suis bornée. Je ne comprends pas pourquoi elles ont tellement voulu nous rendre service, je me demande même si nous avions été tous les deux du même côté de la rue, elles se seraient arrêtées. Sont-elles aussi naïves que ça? Jeunes et jolies comme elles le sont, c'est quand même un peu dangereux de prendre des étrangers en voiture pour les emmener dans des endroits éloignés et sombres. Il y a quand même quelques étrangers vite émoustillés qui n'auraient pas eu peur, eux! En tous cas, c'est ce que je leur dis.

Une fois que cette histoire est dépassée, elles nous conduisent à la gare centrale, viennent même avec nous acheter des billets. En fait, les queues sont tellement longues qu'elles y vont à coup de charme auprès d'un gars près du guichet pour qu'il achète deux billets en plus pour nous. Et nous raccompagnent dans notre quartier. La discussion tourne maintenant autour du repas, on les invite, veulent-elles venir, oui, non, non, oui. C'est finalement  non et j'en suis soulagée, j'en ai un peu marre de ces filles!


Sans rancune...
Photo prise dans le sous-sol de la gare centrale

Quand même un mot de la gare du nord. Notre guide mentionnait qu'elle était en construction. Quand nous avons passé tout près après avoir réintégré la voiture, nous avons vu un chantier. Et si elle n'était pas prête? En tous cas, les routes y conduisant ne le sont pas, ni les panneaux le long des routes existantes. Nous partons donc de l'idée que la gare n'est pas en fonction. Pourtant, une fois à Hua Shan, on nous a demandé si nous voulions retourner par train normal ou à grande vitesse (sur la gare du nord!). Doute... Qu'est-ce qui est vrai?



Une fois de retour à Shanghai, je fais des recherches. Un article de journal du Global Times me renseigne. "Xi'an gare du nord, la plus grande gare du nord-est de la Chine, a été inaugurée le 11 janvier [2011]. La gare accueillera principalement les trains à grande vitesse et 70 millions de passagers. Située dans le nord d Xi'an, la gare de 336,600 m2 comprend 3 bâtiments et 34 quais." Je me demande vraiment si nous étions au bon endroit.





Ceci m'amène à une autre (et dernière) réflexion sur le sujet. Nous l'avons vu, les filles avaient un GPS qu'elles ne maîtrisaient pas trop bien. Nous avons rencontré d'autres Chinois qui étaient fiers de l'outil, mais ne savaient pas trop qu'en faire. La plupart des chauffeurs de taxi n'en sont pas munis et se débrouillent très bien ainsi. Nous, quand nous allions à l'école, devions apprendre à lire une carte. Certains y parviennent, d'autres pas, comme les livrets ou l'accord des verbes. Mais les cartes font partie de notre environnement. En Chine, pas du tout. Il n'y a pas eu de passage entre la carte embêtante qui se replie mal et le GPS. Par conséquent, ce bel outil fournit des informations que certains Chinois ne savent pas utiliser. A mon avis, les deux filles en en faisaient partie car en revenant vers la ville, elles se sont encore trompé de chemin à plusieurs reprises.




dimanche 21 août 2011

Se défouler


Le 15 août je vois dans le China Daily, journal grand format de couverture nationale en anglais : "Les passagers se défoulent sur des publicités dans le métro". Comme nous sommes juste à une station de celle dans laquelle cela se passe, je me plonge dans la lecture de l'article.

A la suite d'un récent sondage de l'OMS, plus de 30% de la population de la ville serait dans des conditions de santé en baisse, entre bonne santé et maladie. Un autre sondage du groupe de consultants Horizon indique que 60% de la Chine ne va pas si bien que ça. Et quelle en serait la cause ? Le stress !
Alors Adidas, dans sa grande bonté, a décidé d'offrir aux gens de Shanghai un "défouloir" pour que nous nous rendions compte que le sport peut apporter des solutions au stress et que nous utilisions à profit les temps d'attente. C'est pas gentil, ça ?

"Ne gaspillez pas votre temps d'attente", disent les messages imprimés sur des gros coussins qui emballent 3 piliers d'une plateforme de la station de Xujiahui. Leur but est d'encourager les passagers à faire des exercices d'assouplissement et de stretching dans un décor qui est supposé les inspirer.

Ce qui m'a particulièrement intéressée, c'est que le journal illustrait comment cette noble intention a été détournée de son intention première. Ou est-ce que cette dernière n'a pas été comprise? mal expliquée? Toujours est-il qu'on nous raconte que les passagers, au lieu d'être inspirés par le décor pour se détendre, envoient de furieux coups de pieds ou boxent avec rage les matelas. "Si tu as reçu un blâme de ton patron dans la journée, quel bien ça fait!" peut-on lire sur un blog. "Une dispute avec ta copine? va donner des coups dans les matelas!" dit un autre blog. Un psychologue commente :"Ces matelas ont la même fonction que les sacs de frappe des boxeurs que nous conseillons à nos patients en manque de défoulement. On peut toutefois se demander si un endroit public est  bien choisi puisqu'il pourrait y avoir des accidents."

Pensé en Allemagne, réalisé en Chine!

Ce qui m'a frappé, c'est qu'Adidas avait prévu en tout et pour tout trois matelas, sur trois misérables piliers de métro d'une ville de 22 millions d’habitants, de plus de 10 lignes de métro en fonction et tant d'autres en construction, avec plusieurs plateformes chacune. Que ce soit pour des coups ou juste l'atmosphère, trois matelas, c'est pas un peu peu?

J'ai quand même voulu aller voir cet endroit le 19 août, quatre jours après l'article, prête à coiffer mon casque vélo si les gens étaient trop agités. J'ai choisi un vendredi 17 heures, en général plutôt beaucoup de monde, des énervements, et que je te bouscule, et que je te marche sur les pieds.

DE-CEP-TION!


Une plateforme bien tranquille expose les matelas plutôt discrètement, ou, en tous cas, ignorés des voyageurs. Je n'ai vu personne lancer coups de pieds et poings dans leur direction, ni faire plaisir à Adidas ou à l'OMS ou à l'Office chinois de la santé (si ça existe) en se pratiquant des exercices d'assouplissement ou des respirations profondes.


Par contre, pour lire le journal, les matelas doivent être plus confortables que les piliers.

samedi 20 août 2011

Près de Xi'an : Hua Shan


Puisque nous sommes à Xi'an, profitons-en pour aller à Hua Shan, voir une fois autre chose qu'une ville, inaugurer nos chaussures de marche sur sol chinois et humer l'air pur des montagnes.

Notre fidèle guide nous a tentés : "Le Hua Shan est l'une des cinq montagnes sacrées du taoïsme. Ermites et sages se retiraient autrefois sur ses pics granitiques." Allons méditer...

Les cinq montagnes sacrées du taoïsme :
Tai Shan (泰山), situé dans le Shandong, Mont de l'Est (東岳) alt. max. 1 545 m
Song Shan (嵩山), situé dans le Henan, Mont central (中岳) alt. max. 1 512 m
Hua Shan (simp.华山 trad.華山), situé dans le Shaanxi, Mont de l'Ouest (西岳) alt. max. 2 220 m
Bei Heng Shan (恆山), situé dans le Shanxi, Mont du Nord (北岳) alt. max. 2 016 m
Nan Yue Heng Shan (衡山), situé dans le Hunan, Mont du Sud (南岳) alt. max. 1 360 m
C'est donc chaussés et habillés pour partir à l'assaut des cimes que nous prenons le train.

Xi'an doit être à un croisement
des destinations. Les trains en gare
me font rêver. Ici un train qui va tout
au sud de la Chine, à Guangzhou.
Et celui-ci vient de Wulumuqi au
nord-ouest de la Chine (nom chinois
de la capitale du Xinjiang, Urumqi)
pour aller à Shanghai, une petite trotte!













Avant de monter dans le train, il faut payer de sa personne. Nous ne sommes pas les seuls à vouloir nous déplacer en ce 30 avril 2011.










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Une fois dans le train, c'est plutôt agréable pour faire une petite sieste, ou de nouvelles connaissances.


Le temps de nous décharger un peu dans notre hôtel et nous fonçons vers la montagne, la pluie est annoncée pour le lendemain.

Comme nous l'avions lu, la montée n'a rien d'une balade sur un sentier bucolique entre les arbres. Bon, si "bucolique" signifie aussi s'envoyer des centaines de marches creusées dans le granit, alors va pour bucolique. Mais mes genoux n'aiment pas trop cette définition. C'est donc en télécabine que nous attaquons l'ascension du Pic du Nord, avec la ferme intention, un fois en haut, de marcher vers le Pic de l'Est ou le Pic de l'Ouest, plus loin mais plus abordable.


Depuis notre cabine, nous prenons le temps d'admirer les pans de rochers et les sommets qui se dévoilent peu à peu. Ah, ça nous change de voir du relief!




Par contre, dès que nous sortons de la cabine, c'est l'horreur. Une telle foule, ça va dans une ville, dans une gare, dans un aéroport. Mais sur des chemins de montagne, c'est tellement hors de nos habitudes de pouvoir marcher des heures sans rencontrer personne que nous n'avons qu'une seule envie, redescendre au plus vite. Sauf... qu'il faut faire la queue pour redescendre! Alors, montons.


Que ce soit de chaque côté des marches ou le long des chemins, de solides chaînes empêche le marcheur distrait de s'égarer. Elles sont aussi bien utiles pour se hisser quand les marches sont un peu hautes. Ce qui ne figure pas sur les photos, c'est le nombre de policiers qui surveillent le flot des "marcheurs". Et nous, on est là, tout penauds, avec nos "gros souliers", nos sacs à dos à chercher un banc pour commencer notre petit pique-nique tiré du sac, entourés de gens en petites chaussures (voire des tongs) et portant des sacs en plastique.

Bien sûr que la vue est belle, bien sûr que nous avons bien choisi notre jour, mais n'aurait-il pas mieux valu être ici par un jour moins radieux? Déjà que le paysage aurait été moins convenu, mais aussi nous aurions pu le photographier sans avoir à attendre une "fenêtre" entre des groupes. Sûr, ça aurait été glissant, mais nous sommes équipés, bon sang!

 

Mais trêve de rêverie, rejoignons la file et allons tout de même au sommet du Pic du Nord. Et hop, une ou deux photos et qu'on redescende.



Plus vite dit que fait! La file d'attente a duré deux heures!



Que retenons-nous de cette aventure? Qu'il faut mieux lire les guides, ou lire entre les lignes. "De nos jours, les sentiers qui mènent au cinq sommets sont parcourus par des foules de touristes venus pour la journée, séduits par la perspective de paysages fabuleux." Nous ce qu'on a vu c'est: "De nos jours, les sentiers qui mènent au cinq sommets sont parcourus par des foules de touristes venus pour la journée, séduits par la perspective de paysages fabuleux.", alors qu'il aurait fallu lire : "De nos jours, les sentiers qui mènent au cinq sommets sont parcourus par des foules de touristes venus pour la journée, séduits par la perspective de paysages fabuleux." Et nous ne serions peut-être même jamais venus.


En reprenant le train le lendemain, nous rencontrons des étudiants en anglais de Xi'an très contents de faire un brin de conversation. Ils se pressent de plus en plus nombreux autour de Fred pour entendre ce qu'il a à raconter. Eux sont montés pendant la nuit par les marches, lampe de poche entre les dents, pour pouvoir admirer le lever du soleil depuis là-haut. Tellement impressionnée par la démarche, plutôt commune paraît-il, je ne me rappelle plus s'ils ont vu le soleil car, comme prévu, il pleut quand nous nous levons. Alors quand ils nous disent que c'est d'une beauté à vous couper le souffle, nous sommes obligés de revoir notre copie. "Oui, c'est magnifique là-haut, nous avons beaucoup aimé. Dommage qu'il y ait tant de monde."

Je tiens à remercier M. F.R. pour ses photos prises sur la montagne vu que cette bedoume d'Ancre de Chine avait laissé son appareil à l'hôtel. On imagine bien la panique : "Mais il est où, cette fois, je l'ai perdu, c'est pas malin, je me déteste...".

vendredi 19 août 2011

Peut-on se gratter les pieds dans une cuisine?

Des histoires de manque d'hygiène auprès des vendeurs de rue, dans les marchés, les restaurants et autres gargotes sont quotidiennes, tout le monde y passe, même les McDos et KFCs sont parfois visés. Un jour, c'est la viande de mouton qui n'en est pas (mais du poulet si bien épicé qu'aucun gourmet ne voit la différence, paraît-il). Un autre jour c'est de la viande de porc qu'on a gonflée à coups de seringues d'eau pour la rendre plus lourde et juteuse. Quelle créativité!

La corvée de vaisselle sur le trottoir

Quand il s'agit d'hygiène, ce n'est pas tellement à ces manipulations douteuses que nous pensons, mais plutôt à l'environnement autour de la préparation des repas. Si nous devions nous baser sur l'état de la cuisine ou des toilettes, il n'y a que les établissements de luxe que nous visiterions, et encore! En tous cas, dans les restaurants, les toilettes ne sont pas un bon baromètre, cet endroit restant toujours un point noir en Chine, même à Shanghai. Et pour le reste, nous nous disons que la cuisson purifie... Ça doit être vrai puisque nous sommes
  1. toujours vivants,
  2. en pas si mauvaise santé que ça, merci!
Je soupçonne ces dames de préparer des repas de midi pour
des entreprises. Celle de Fred fait appel à un tel service.

Ce qu'il propose a l'air bien appétissant, mais par 40°C  sans
réfrigération, même sous un parasol, c'est un peu risqué.

 Il y a des histoires d'hygiène, qui ne nous touchent pas directement mais nous font sourire et en disent long sur le comportement peu zen de certains Chinois.

Lui, sa petite entreprise c'est les plats de nouilles.


Voyons plutôt. Un restaurant de raviolis frits a dû être fermé. La raison? Un cuisinier avait enlevé ses chaussures et se grattait les pieds à côté de paniers de raviolis crus. Un client l'a vu. Bon, ce n'est pas bien du tout de se gratter les pieds près des raviolis, et de se faire remarquer encore moins. Ça aurait pu en rester là, un client mécontent, qui ne revient pas, peut-être qui déconseille l'endroit à ses connaissances et il y aurait une page blanche ici même.

Mais l'histoire va bifurquer. Pourquoi? Parce que ce stupide client a voulu des excuses de l'équipe de cuisine. Et qu'est-ce qu'il a reçu? Des baffes! En effet, plusieurs employés se sont rués sur lui et l'ont tabassé, j'ose quand même espérer que ça a été une de ces discussions qui monte en puissance, qui s'envenime et qui finit par éclater, comme on en voit assez souvent. Toujours est-il que les gars du resto ont considéré que ce n'était pas grave (de se gratter les pieds à côté des raviolis crus) et que les excuses, il pouvait les voir dans ses rêves (le Chinois est poète, même quand il est fâché). Vu la tournure que prenaient les événements, la police a dû intervenir, fermeture du restaurant jusqu'à amélioration de l'hygiène, investigations sur les 20 autres endroits de la chaîne, et finalement... excuses au client et même remboursement de son repas.

En conclusion, une démonstration d'attitude pas trop zen observée depuis notre ancien balcon. Pas de grattage de pied, pas de raviolis, mais une dame un peu énervée par un voisin bricoleur. Il fait du bruit avec une perceuse ou ponceuse ou un truc du genre. C'est un dimanche matin sur le coup des dix heures. Mais rappelons-nous, le dimanche c'est juste un jour comme les autres et dix heures, c'est déjà le milieu de la matinée. Peut-être la dame a-t-elle une migraine? En tous cas, elle empoigne son mégaphone pour dire à son voisin tout le mal qu'elle pense du bricolage. Mais, on le voit, il n'est pas impressionné.

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Et pour nous, franchement, c'est bonnet blanc, blanc bonnet, une perceuse ou une dame qui hurle. Et qui a gagné? C'est lui...


Attention : aucun des commerces photographiés ici n'est le restaurant incriminé. Je  n'allais tout de même pas prendre le métro pour photographier un restaurant vide!